Pionnier français de l’aviation
australienne
Livre publié en 2014 par
AHSA NSW (inc)dans le cadre de la commémoration du premier vol postal en
Australie piloté par Maurice Guillaux en juillet 1914.
Version française : ISB 978-0-9803693-6-6
Sommaire
Brève introduction à l’Australie que connut Guillaux
L’arrivée de Guillaux en Australie
De retour à Sydney: les spectacles des 2 et 9 Mai
Lebbeus Hordern et son hydravion
Le voyage vers le Sud : Wagga Wagga et Albury
Les shows aériens de Melbourne (28 au 30 mai 1914)
Guillaux à Bendigo et Ballarat
Le spectacle d’Adelaïde le 20 Juin 1914
Le spectacle de Geelong, 4 Juillet 1914
Seymour, 98 km de Melbourne, arrivée à 9h54
Seymour à Wangaratta, 135 km, arrivée à 11h40
Wangaratta, de 11h40 à 12h15 (35 minutes)
De Wangaratta à Albury : 75km, arrivée à 12 h15
Albury, de12 h 50 à 13 h 35. 1
Albury to Wagga Wagga, 79 miles, 125 km arrival 2:45 pm
De Albury à Wagga Wagga : 125 km ; arrivée à 14 h 45
Etape de Wagga Wagga, de 14 h45 à 15 h 30
Harden, du 16 au 18 Juillet. 1
Vers Goulburn, le 18 juillet - 135 km ; arrivée à 9 h 15
De Goulburn à Liverpool - 180 km, arrivée à 12h351
De Liverpool à Moore Park : 35 km arrive à 14h55
16. L’Australie après Guillaux
Annexe : Information sur les villes citées dans ce livre
C’est en juillet 2013 que Tom Lockley, membre de l’association d’histoire de l’aviation australienne (AHAA - section de Nouvelle-Galles du Sud), nous a informés du centenaire prochain du premier vol postal entre Melbourne et Sydney, réalisé par le Français Maurice Guillaux, du 16 au 18 juillet 1914.
Le nom de Guillaux n’évoquait rien pour
nous mais l’importance de l’événement nous apparut immédiatement. La
perspective de l’organisation, par l’AHAA, d’un vol commémoratif en juillet
2014 nous enthousiasmait. L’heureuse décision de l’AHAA d’organiser cette
reconstitution du 12 au 14 juillet nous permettait en outre de placer cette
commémoration au cœur du « Bastille Day » 2014 à Sydney.
Un obstacle inattendu est cependant apparu
rapidement. Pour des raisons mystérieuses, la réputation de Guillaux était
ternie en Australie. Selon une rumeur, il aurait, durant la Première guerre
mondiale, espionné pour le compte des Allemands et serait mort fusillé. Si
c’était le cas, la célébration de ce centenaire apparaissait bien compromise.
Ce que nous savions de Guillaux ne collait pas cependant avec une fin aussi
lamentable. Son nom figurait sur la plaque commémorative du consulat de Sydney,
dédiée aux Français d’Australie morts pour la France. Pour n’être resté que six
mois en Australie, avant de repartir en France pour combattre au sein de la
jeune armée de l’Air française, Guillaux avait donc suffisamment marqué ses
concitoyens d’Australie pour qu’ils le considèrent comme l’un des leurs et lui
rendent l’hommage dû aux Français tombés au champ d’honneur. Maurice Guillaux
est en effet mort à Villacoublay en mai 1917 lors de l’un des vols d’essai d’un
nouvel appareil de l’armée de l’air.
Ce n’est donc pas le moindre mérite de ce
livre que de rétablir l’honneur de Maurice Guillaux et de lui donner la place
qui lui revient dans l’histoire de l’aviation française et australienne. Nul
doute en effet que Guillaux a suscité de nombreuses vocations en France et en
Australie par le rôle qu’il a joué dans l’essor de l’aviation dans ces deux
pays. La tourmente de la Première guerre mondiale a malheureusement
balayé la mémoire des exploits de Guillaux, en France comme en Australie. Il
est temps de lui rendre toute sa place dans l’histoire de l’air, grâce au
travail de recherche remarquable engagé en Australie par Tom Lockley et en
France par Michel André, de Montoire, qui entend rendre à cet enfant de la
ville l’hommage qui lui revient.
Qu’ils en soient chaleureusement remerciés !
Eric Berti
Consul général de France à Sydney
En Juillet 1914,
l’aviateur français Maurice Guillaux, de passage en Australie, a volé de
Melbourne à Sydney dans son appareil Blériot XI, réalisant le premier vol
postal dans ce pays. Il achemina 1785 cartes postales spécialement imprimées et
numérotées ainsi qu’un fret léger composé de jus de fruits et de sachets de thé
Lipton. Ce fut sans aucun doute l'un des événements les plus marquants de
l'histoire de l'aviation australienne naissante, mais la mémoire en a été largement
perdue, emportée par la tourmente qui suivit le déclenchement de la Première
Guerre mondiale, quelques semaines plus tard.
En Juin 2013, la section de Nouvelle-Galles du Sud de la Société historique de l'aviation australienne a commencé à travailler sur un projet de reconstitution de ce vol, afin de marquer son centenaire. La réponse de l’industrie australienne des vols de loisirs et des clubs aéronautiques a été immédiate et enthousiaste et nous avons été portés par cet élan. Une série de manifestations a été dès lors envisagée pour commémorer non seulement ce vol épique, mais également d'autres événements importants survenus durant les deux cents jours du séjour de Guillaux en Australie.
Une quantité considérable de documents historiques sur cette aventure a pu être mise en lumière. Le but de ce petit livret est de résumer ce que nous savons maintenant de cet aviateur remarquable mais encore peu connu. Ce travail a d’ailleurs mis en évidence les nombreuses lacunes qui demeurent encore dans nos connaissances sur la vie de Guillaux ainsi que la pénurie relative de documents photographiques et cinématographiques le concernant. Nous remercions toutes les personnes ayant en leur possession des documents sur Guillaux de nous contacter afin que nous puissions reconstituer de façon aussi complète que possible son œuvre en Australie et en France.
Nous avons mentionné beaucoup de ceux qui se sont engagés avec enthousiasme dans les aspects historiques de ce projet. Le monde de l'aviation s’est également impliqué dans les aspects techniques de la reconstitution de ce vol. Nous attendons avec impatience cet événement mémorable et nous adressons notre profonde reconnaissance à tous ceux qui ont travaillé à faire de cet événement un succès.
Ian Debenham OAM
Président de la section de Nouvelle-Galles
du Sud de la Société historique de l'aviation Australienne (avril 2014)
L’Australie et plus
particulièrement Botany Bay et la Baie de Sydney
(Port Jackson ), qui accueillirent la première
implantation britannique, furent découverts par James Cook en 1770. Le capitaine
Philip commandait en janvier 1788 la « Première flotte » qui achemina
en Australie des bagnards venus d’Angleterre. Cette nouvelle implantation à
Sydney était une colonie pénitentiaire réputée s’installer dans un pays vierge,
niant la présence des premiers peuples aborigènes.
Durant dix ans, la petite
colonie aux antipodes de la mère patrie britannique lutta pour survivre. A
partir de 1800, elle commença à s’étendre et à prospérer, sur la base d’une
économie exploitant largement le travail forcé des bagnards. A partir de 1840
toutefois, des colons s’installèrent, aux côtés des bagnards libérés qui
constituèrent la première population libre non indigène de l’Australie. Dans
les années 1850, la découverte d’or dans l’Etat de Victoria puis dans d’autres
états de l’Australie suscita un afflux de population européenne et chinoise
avide de s’enrichir. La population australienne tripla entre 1850 à 1860,
passant de 400 000 à 1,2 million d’habitants.
L’économie australienne
se modifia profondément du fait de l’afflux de richesses liées aux mines, qui
profita à toutes les couches sociales et suscita une révolution technique dans
le pays avec l’utilisation de la vapeur et l’implantation d’un réseau ferroviaire
et du télégraphe. La révolte dans les mines de Ballarat (1854), suscita pour sa
part une démocratisation du régime et fonda un puissant mouvement syndical.
L’agriculture se
développa également fortement dans les années 1860, l’Australie devenant l’un
des premiers producteurs de laine. C’est pour contourner le monopole de Londres
que les premiers acheteurs de laine français, venus pour l’essentiel des
régions de filature du Nord de la France, arrivèrent en Australie dans les
années 1880. Il constituaient encore en 1914 une part
importante de la communauté française, qui n’excédait pas 5 000 personnes
sur les cinq millions d’habitants que comptait alors l’Australie.
Durant la période
s’étalant de 1788 à 1850, l’Australie a été divisée en six colonies séparées,
qui devinrent des Etats. En 1901, ils se fédérèrent dans un Commonwealth
d’Australie, indépendant et démocratique, dont le chef de l’Etat est resté
cependant le souverain britannique, ce qui est encore le cas actuellement.
A l’époque que connut
Guillaux, deux tiers de la population australienne se concentraient dans la
région du Victoria et de Nouvelle-Galles du Sud située autour des deux villes
de Melbourne et Sydney. Cette région du Sud-Est de l’Australie, d’une taille
comparable à la France en superficie, connaissait le meilleur climat, les
meilleures terres agricoles et les principales zones d’alluvions aurifères.
Maurice Guillaux concentra son activité dans cette région lors de son séjour en
Australie en 1914.
Le lecteur trouvera en
fin de volume une brève présentation des villes traversées par Maurice
Guillaux.
Ernest Francis Guillaux, plus connu sous le nom de Maurice Guillaux, est né en 1883 dans la petite ville de Montoire, située dans le centre de la France. Son père était charron et Maurice était naturellement destiné à lui succéder dans cette activité. Il s'est marié à l'âge de dix-huit ans avec Héloïse Langot, fille de cultivateur et de cette union est né un fils, Bernard, en 1902. Nous savons peu de choses sur sa vie au cours des dix années suivantes et sur l’origine de sa passion pour l’aviation. Il est certain toutefois qu’il a obtenu son brevet de pilote le 19 Février 1912, sous le numéro 749.
Guillaux est devenu rapidement le chef pilote de la maison Caudron
implantée au Crotoy dans la Somme. Il volait habituellement sur un biplan
Caudron B2, équipé d’un moteur Gnome de 50 chevaux (photo page opposée). Dès
avril 1912, il participa à plusieurs démonstrations aériennes en France et en
Angleterre, se forgeant une solide réputation grâce à son audace et sa capacité
à gérer les intempéries. En juin 1912, il battit le record de hauteur pour
moteurs de moins de 50 chevaux, s’élevant à 1600 mètres. Il traversa ensuite la
Manche dans les deux sens avec un passager, un exploit rare à l'époque.
En Août 1912, il
est employé par la maison Clément-Bayard pour piloter les monoplans métalliques
produits dans son usine de Levallois-Perret (photo à droite). Il décida
également à cette période de passer son brevet militaire de pilote sur le
parcours d’Issy-les-Moulineaux, le complétant en décembre 1912 par un vol
Issy-Chartres-Orléans réalisé en 4 heures 20 (escales comprises) sur un
appareil Clément-Bayard. Il s’était auparavant attaqué à un nouveau record de
hauteur après être monté à 3500 mètres lors d’un vol d’entraînement en novembre
1912. Le 11 Février 1913, il établit à Étampes un
nouveau record de vitesse et de distance avec un passager, en parcourant 410 km
en quatre heures dix malgré le brouillard et le froid.
Une carte postale a été réalisée à partir de la carte utilisée par Guillaux
pour enregistrer son vol victorieux en avril 1913.
Maurice Guillaux concourut également pour la Coupe
Pommery. Ce prix, très convoité par les aviateurs, était décerné deux fois par
an pour récompenser la plus longue distance parcourue en ligne droite en volant
entre le lever et le coucher du soleil. Il a remporté sa première coupe le 28
avril 1913 avec un vol de 1500 km entre Biarritz et Kollum en Hollande, dont
1253 furent comptabilisés pour la coupe. Après s’être vu ravir ce trophée par
l’aviateur Brindejonc de Moulinais, Guillaux tenta de nouveau de reconquérir le
titre. Le 23 août 1913, il effectua une sixième tentative avec un nouveau vol à
partir de Biarritz, pensant avoir atteint le village de Brackel en Allemagne.
Son éternel rival, Brindejonc de Moulinais, ayant accompli un vol de distance
similaire, une enquête fut lancée par le président de la ligue nationale de l’aviation
pour faire établir le lieu précis de l’atterrissage de Guillaux. Il s’avéra que
ce dernier avait atteint non pas Brackel mais Brockel, un village situé à une
soixantaine de kilomètres en deçà de la distance annoncée par Guillaux. Selon
ce dernier, il s'agissait d'une simple erreur d'orthographe mais il fut accusé
de tricherie et se vit refuser le droit de participer à la Coupe Pommery pour
une durée de dix ans.
Cependant, l’intérêt
populaire pour la Coupe Pommery déclinait. La nouvelle coqueluche de l’air
était en France l’aviateur Adolphe Pégoud, dont les acrobaties aériennes
passionnaient les foules. Guillaux décida d’acheter l'un des avions Blériot XI
utilisé par Pégoud et capable de faire des loopings. Cet appareil avait été
spécialement conçu pour « boucler la boucle », grâce à un modèle
équipé d’un moteur Gnome de 50 ch . Doté d’un réservoir de 55 litres de carburant, il pouvait
voler pendant deux heures et ne pesait que 300 kg. Cet avion était à la fois
solide et sophistiqué. Le premier Blériot XI avait survolé la Manche le 25 Juillet 1909. Maurice Guillaux fut le premier pilote à
exécuter trois loopings successifs avec cet appareil au dessus de Paris, le 26 décembre 1913.
Plus de cinq cents de ces appareils ont été construits, sous diverses configurations. Le Blériot XI que Maurice Guillaux achemina en Australie m'est encore conservé au Powerhouse Museum de Sydney . Il était suspendu dans le hall des transports du musée avec d’autres appareils anciens et constitue l’un des rares exemplaires existant de l’aviation antérieure à la Première guerre.

Le Blériot XI de Guillaux
etait
exposé dans le hall des transports au PowerhouseMuseum de Sydney
Guillaux et son ami Francois Repusseau ont quitté la France en février 1914 pour s’engager dans un tour du monde à bord du navire « Oroutes », avec en soute l’avion Blériot démonté. Leur projet était d’effectuer des vols d’exhibition autour du monde. Ils ont fait escale au Caire les 6-7 février puis sont arrivés à Sydney le 4 avril 1914, en route vers le Japon et la Chine.
Il y eut quelques faux
départs dans l'histoire de l'aviation en Australie. En 1851, l'ex-bagnard
William Bland conçut un « atmotic vessel » censé pouvoir transporter une tonne et demie
de passagers et de fret et voler de Sydney à Londres en moins d'une semaine. Il
n'a évidemment jamais été construit. Après plusieurs tentatives infructueuses
de candidats à la conquête des airs, William Dean fut la première personne à
voler en ballon à air chaud en Australie en 1858. Il y eut plusieurs autres
vols en 1871. Henri L'Estrange, d'origine française,
s’est ainsi élevé dans un ballon rempli de gaz en 1879, mais il a dû abandonner
son vol et descendre en parachute.
Lawrence Hargrave (1850-1915) était certainement
le plus célèbre scientifique aéronautique de l'Australie des années 1900. Son
travail sur les cerfs-volants apporta une contribution majeure à l’œuvre des
frères Wright et Alberto Santos-Dumont. George Augustin Taylor, un élève de
Hargrave, a construit et piloté un planeur le 5 Décembre
1909. Son épouse Florence l’a également essayé, devenant ainsi la première
femme à voler en Australie .
Le 9 décembre 1909, Colin Defries a réalisé le premier vol motorisé d'un engin plus lourd que l'air en Australie, dans l’hippodrome de Victoria Park à Sydney. Il a été suivi l'année suivante par un aviateur qui a connu plus de succès, Erik Weisz (magicien de profession, dont le nom de scène était « Harry Houdini »). Quelques autres pionniers de l’aviation ont gagné les airs, parmi lesquels le Français Gaston Cugnet qui a volé dans un Blériot en 1910, avec plus ou moins de succès. Après un décollage réussi de Melbourne sur le terrain de cricket en décembre 1910, il s'est écrasé sur les courts de tennis peu de temps après. En 1911, un Néo-Zélandais, Joseph Hammond, a beaucoup mieux réussi, offrant au public plusieurs démonstrations de vol, dont le premier vol à travers le pays, d’Altona à Geelong (dans le Victoria) et retour. Peu de temps après, la base aérienne de Point Cook a été créée par le gouvernement.
William Ewart Hart était
également très connu à l'époque. Il s’était vu décerner, le 5 décembre 1911 le
premier (et d’ailleurs le seul) certificat de vol australien, délivré par l’Aerial
League of Australia. Il fut également le premier
aviateur à utiliser les installations de Ham Common (base aérienne de Richmond)
et a accompli le premier vol de Penrith à Sydney, soit une distance de 76 km,
le 18 novembre 1911.
L'aviateur-étoile de ce
début de 1914 était cependant Harry Hawker. Mécanicien de talent, il avait
quitté l'Australie en 1911 et était devenu chef pilote de la maison Sopwith en
Angleterre. En janvier 1914, il est revenu avec un avion rapide Sopwith Tabloid. Son objectif principal était de favoriser le
développement de l’aviation à des fins de défense. Il a encouragé le
gouvernement à construire les avions qu’il avait achetés et à mettre en service
la base aérienne de Point Cook.
L’un de ses premiers vols
à Melbourne l’a conduit de New Street Elsternwick à
la Résidence du Gouvernement, où il a rencontré le Gouverneur Général, Lord
Denman. Il a donné quelques démonstrations de vol publiques à Melbourne
(Caulfield - image de gauche), Sydney (Randwick et
Victoria Park), Albury et à Ballarat où il s'est écrasé et a endommagé de façon
irréparable son appareil. Un spectacle à Bendigo a alors été annulé. Ses
démonstrations étaient gérées par Albert Sculthorpe, qui assistera également
Guillaux.
Harry Hawker a accueilli plusieurs passagers lors de ses vols, parmi lesquels des politiciens influents et des officiers militaires, ainsi qu’une proportion non négligeable de jeunes femmes. Bien qu’adulé par le public australien, il est revenu en Angleterre le 8 mai 1914. Il était déçu que le gouvernement n’ait pas acheté son avion, estimant sans doute que les appareils dont il disposait, si lents et anciens fussent-ils, satisfaisaient les besoins de l’Australie de l’époque.
Avant même qu’il eût
annoncé son intention de visiter l'Australie, Guillaux avait été cité au moins
84 fois dans les journaux australiens, généralement pour de brèves mentions de
ses exploits ou de ses déboires, tels que le scandale de sa suspension des compétitions
en 1913. Incidemment, on notera que l'aviateur français le plus cité dans la
presse australienne était à l’époque Pégoud, spécialiste de voltige et l’un des
tout premiers parachutistes. Mentionné la première fois le 20 Août 1913, il n’y eut pas moins de 500 articles se référant
à lui dans la presse australienne durant le reste de l'année, ce qui témoigne
de l’énorme succès populaire de l’aviation naissante.
Lorsque Guillaux est
arrivé à Fremantle (Australie Occidentale) sur l’Oronsay,
les journalistes sont allés à bord pour l'interviewer. Leurs articles,
largement reproduits et commentés, ont évoqué en termes positifs ses exploits
en France et les performances de voltige qu’il avait l’intention de réaliser en
Australie. Guillaux et ses associés, MM Rupusseau,
Maistre, Cominos et du Coque, sont arrivés à Sydney sur l'Oronte, le 8 Avril 1914.
Lucien Maistre était le
fils d'un ancien consul français en Australie, ce qui peut expliquer le choix
de ce pays par l'équipe de Guillaux comme première étape majeure de leur tour
du monde. A son arrivée, Guillaux est présenté dans les journaux comme un représentant
de la société des moteurs Gnome. Repusseau est parfois mentionné comme «manager» de l’équipe, tandis que les deux autres restent
dans l’ombre. Albert Sculthorpe, conseiller municipal respecté de St Kilda à Melbourne, qui avait géré les spectacles aériens de
Hawker, a rempli la même fonction pour la démonstration que Maurice Guillaux a
effectuée le 21 Avril à Sydney.
Auparavant, il importait
de mettre le Blériot en condition de vol. L'assemblage de l'avion était une
opération complexe. Nous savons que Guillaux avait une très bonne connaissance
technique de l'avion et a joué un rôle actif dans son montage. Il a
probablement effectué cette tâche dans des locaux appartenant à Jules Maillard,
qui possédait des salles d'exposition et un garage au 186a Phillip Street. Le
montage a été terminé le jour même de sa démonstration à l’hippodrome de
Victoria Park à Zetland, le lundi 20 Avril. Une petite
foule d’invités était présente. Le Sydney Morning Herald note qu’« il boucle la boucle trois fois de suite avec la plus
grande facilité et autant d’aisance que s'il allumait une cigarette ».
Lors du vol suivant, il est allé visiter le port de Sydney, survolant la foule.
Parmi ceux qui l'ont félicité après ces vols figurait W. E. Hart, pionnier de
l’aviation australienne.
La photographie reproduite avec l’accord
de la Bibliothèque de la région de Newcastle, dépeint le champ de foire de
Newcastle, ce 25 Avril 1914. Newcastle était la
première démonstration publique de Guillaux et tout porte à croire que le
Blériot XI de Guillaux fut le premier avion à voler dans cette ville.
Des groupes de cadets de l'armée sont
visibles en arrière plan. Le groupe assemblé près de
l'avion comprend probablement le maire ainsi que M. John Reid, agent consulaire

de France à Newcastle et son épouse. Les spectateurs endimanchés figurant au
premier plan avaient payé deux shillings pour s'asseoir dans la tribune et
assister à la démonstration.
Guillaux est apparu à 15 h 00, très
ponctuel. Il s’est dirigé vers son avion au son d’un orchestre jouant la
Marseillaise. Sa démonstration aérienne a pris une forme qui est devenue par la
suite assez classique : un premier vol à proximité de l’hippodrome, présentant
de nombreuses évolutions acrobatiques, suivi d’un deuxième vol durant lequel il
a survolé le port. Tous les navires présents ont fait retentir leur corne de
brume et les marins ont applaudi chaleureusement. La frégate française La
Bruyère a baissé son pavillon en guise de salut. Guillaux est ensuite retourné
à l’hippodrome pour donner un autre numéro de voltige avant d'atterrir.

Guillaux survolant Victoria Park
(Collection MAAS)
De retour à Sydney, Maurice Guillaux a
survolé la ville le vendredi 1er mai, suscitant un vif intérêt au sein de la
population locale. Une large publicité a été faite sur un spectacle aérien
public organisé au Victoria Park le samedi 2 mai, que décrivit le Sydney
Sunday Times :
« Guillaux
volait à plus de 250 mètres au-dessus du sol quand, plongeant le nez du
monoplan, il a effectué une descente sensationnelle, droit sur le
vice-président du Conseil exécutif (M. Flowers), le Lord Maire (M. Alderman
Richards) et un groupe de journalistes. M. Flowers leva les yeux et voyant
l’avion plonger vers lui à une vitesse terrifiante, il prit la main du petit
garçon qui l'accompagnait et battit précipitamment en retraite, accompagné par
le Maire. Guillaux, toutefois, redressa l’appareil à une dizaine de mètres du
sol, au grand soulagement de M. Flowers. Tout en prenant de l’altitude,
Guillaux fit plusieurs fois le tour de l’hippodrome. Une fois parvenu à
l'extrémité sud, il modifia sa route et piqua vers l’enceinte où des centaines
de personnes étaient rassemblées sur la dune. La plupart d'entre eux pensèrent
que l'aviateur était en détresse et qu’eux-mêmes n’allaient pas tarder à l’être
également et beaucoup s’enfuirent sans demander leur reste.
« Guillaux, cependant, avait redressé la machine à quelques mètres seulement, semblait-il, du versant de la dune et repartit. Pointant le nez de l’appareil de nouveau vers le ciel, le Français grimpa jusqu'à mettre 450 mètres entre lui et la Terre mère. Il plongea ensuite l’avion vers le bas, descendant à une vitesse fantastique et donnant l'impression de tomber en chute libre. Ce fut bien le cas d’ailleurs - sur plusieurs centaines de mètres - mais il se redressa de nouveau gracieusement et reprit de l’altitude. »
L’exploit suivant du
Français était ce que la foule attendait avec impatience : le looping. Il exécuta cette manoeuvre dangereuse à une
hauteur d’environ 600 mètres afin d’être bien vu de tous les spectateurs.
Prenant la direction de la grande tribune, la petite machine jaune se retourna
brusquement en une culbute complète. Le tonnerre d'applaudissements qui a
éclaté de la foule était assourdissant.
Deux secondes plus tard, il résonna de nouveau lorsque Guillaux exécuta un looping pour la deuxième fois. Il effectua des descentes en spirale, des vols planés, des tonneaux, des renversements avant de se stabiliser en ligne droite, volant à une vitesse de 110 km/h, pour mieux recevoir les applaudissements des spectateurs. Il souriait en commençant son premier meeting aérien et il souriait encore lorsqu’il est descendu de son appareil, 25 minutes plus tard. »
« La deuxième démonstration dura 30 minutes et fut encore plus audacieuse que la première car, outre des loopings si nombreux que l'on ne les comptait plus, le Français a retourné sa machine et a volé sur une distance considérable à l'envers – un exploit qui nécessite le plus grand courage et une grande habileté technique. ».
Entre deux vols, Guillaux a été présenté au Gouverneur, Sir Gerald Strickland et une dame française lui a remis un magnifique bouquet.
Guillaux et son équipe passèrent la semaine suivante à assembler et piloter l'hydravion Farman de Lebbeus Hordern. Il retourna cependant à Victoria Park pour une autre démonstration, le 9 mai. Il reprit le programme précédent, avec une addition involontaire : l'avion heurta des fils de téléphone tendus entre deux bâtiments mais il put continuer sa prestation. Ce fut l'une des rares erreurs de Guillaux dans ses vols de démonstration.


Anthony Hordern
& Sons était le plus important grand magasin d’Australie et l’un des plus
vastes dans le monde. Lebbeus Hordern importa dès 1914 un hydravion Farman.
Durant la semaine du 4 Avril, Guillaux et son équipe assemblèrent l'avion à
Double Bay, dans la maison de Hordern. Le journaliste du Herald nota que
Guillaux était en charge de l'opération et avait
déployé beaucoup d'habileté, de connaissances techniques et une attention
méticuleuse aux détails.
L'hydravion Maurice Farman était entré en service dans plusieurs pays en 1913. Un hydravion Farman grec fut l’un des premiers avions à être utilisé au combat lorsqu’il attaqua des navires de guerre turcs avec des grenades durant la guerre des Balkans[1]. Le moteur Renault de 70 chevaux-vapeur du Farman a permis d’atteindre une vitesse maximale de 93 km/h. Son envergure était de 17 mètres, sa longueur de 11 mètres, et son poids de 760 kg. Il pouvait transporter deux passagers « d’un poids de dix-sept stones[2] (108kg) » ou trois passagers d'un poids inférieur !
Maurice Guillaux a volé sur le Farman pour la première fois le 8 mai 1914. Cet événement a été décrit par un journaliste du Sydney Morning Herald :
« Tout est paré au
millimètre ! » Tel fut le commentaire de Guillaux après avoir soumis
l’appareil à un examen minutieux car rien ne pouvait être laissé au hasard. Il
était debout sur le siège du pilote sur lequel il était monté.
L’hydravion avait été roulé jusqu'au bord de l'eau par de nombreuses bonnes
volontés. L’essence avait été versée dans le réservoir et un mécanicien, qui à
première vue semblait ne pas excéder la norme prévue de « 17 stones »,
était monté dans le siège du passager derrière Guillaux, fringant dans son
costume de tweed et qui n’avait effectué aucune préparation vestimentaire
particulière pour le vol si ce n’est de mettre de côté son chapeau
Homburg. »
« Le mécanicien
lança l'hélice vrombissante à la vitesse maximale. Si fort était le courant
d'air créé par le moteur, qu'une douche de sable et de chapeaux a été soufflée
dans le hangar derrière et que des petits enfants ont été plaqués au sol,
tandis que la foule retenant la queue de l’appareil était presque forcée de
lâcher prise. »
« Guillaux s'assit fermement dans son siège et donna l'ordre de libérer l’appareil, ce qui eut pour effet de le lancer sur le plan d’eau de Double Bay où il prit rapidement une vitesse à couper le souffle. Pendant quelques centaines de mètres, il avança à vive allure, repoussant l'eau, en droite ligne vers l'île Clarke. »
« Il
décolle ! » ont crié les spectateurs lorsqu’ils ont vu les larges
ailes s’élever lentement dans l'air. Par degrés il s’éleva, tel un grand oiseau
étalant ses rémiges pour gagner en hauteur, puis il grimpa en flèche, ses ailes
blanches se détachant clairement du feuillage vert foncé qui revêtait les
pentes de la rive opposée. Loin en direction de Mosman, il glissait, aussi
facilement que s’il était un oiseau, puis, avec un large virage vers la droite , il a poursuivi dans le direction
de Manly. Il semblait s'envoler droit sur l'un des bateaux de Manly, qui fit
résonner sa sirène pour le saluer. »
« Pendant quelques
minutes, il fut perdu de vue, puis il réapparut sur Point Piper. Passant juste
au-dessus de la tête des spectateurs de Double Bay, il vola vers la City, puis
après un mouvement circulaire, revint à son point de départ. Il atterrit sur
l'eau à une certaine distance, puis s’approcha, à la vitesse d'un train
express. »
Guillaux prit ensuite
Lebbeus Hordern à bord pour un vol. Il en est revenu ravi. « Le vol est un
sport pour moi après ça ! » dit-il. Le passager suivant fut le consul
français, M. Chayet.
Le lundi suivant, Guillaux fit douze vols. Sur l’un
d’entre eux, il embarqua Mlle Louise Carbasse (photo page opposée), qui était
alors une actrice australienne de 19 ans. Après la guerre, elle devint une
actrice célèbre à Hollywood sous le nom de Louise Lovely. Trois jours plus
tard, lors d'un vol au-dessus du port, Guillaux se déplaça à plus de 150 km/h,
grâce à un fort vent arrière.
Hordern et Guillaux
annoncèrent leur projet de faire voler l'hydravion de Sydney à Melbourne. Ils
avaient également décidé de commander d’autres avions de France, devant être
livrés quelques mois plus tard. L'un d'eux, un Caudron, arriva en fait trop tard,
à la fin de 1914.
Guillaux rétablit
l'utilisation de Ham Common, à Richmond (Nouvelle-Galles du Sud) comme terrain
d'aviation. C’est maintenant la grande base de la Royal Australian
Air Force de Richmond. Il annonça également son intention de rester en
Australie pour créer une entreprise dans le domaine aérien.
Lebbeus fit don du Farman
à l’Australian flying
corps au début de la Première Guerre mondiale. Il est devenu, sous
l’immatriculation SCF 7, le septième avion des forces australiennes à Point Cook.
Il fut envoyé sur le HMS Una afin de prendre part à la capture de possessions
allemandes en Nouvelle-Guinée. Même si ces appareils n’ont pas été utilisés,
cette opération fut le premier déploiement militaire à l'étranger d'un avion de
combat australien.
Lebbeus était un
visionnaire plein d’imagination, débordant d’activité. Il fut officier
d’artillerie durant la guerre et fut gravement gazé. Voyageur infatigable, il
était très connu, notamment aux Etats-Unis où il aurait encouragé Howard Hughes
à s’intéresser aux hydravions.
Après son divorce, il
versa à son ex-épouse une énorme indemnité. Il connu
ensuite de nombreuses querelles familiales et des problèmes psychologiques
divers. Lebbeus Hordern fut retrouvé mort à son domicile le 10 Septembre 1928 après avoir consommé une dose mortelle de
barbituriques, sans qu’il soit clairement établi s’il s’agissait ou non d’un
suicide.
Les semaines suivant le vol du 8 mai à Double Bay,
Guillaux voyagea à Melbourne et accomplit des démonstrations aériennes à Wagga Wagga et Albury. Il présentait le programme
« standard » : un numéro de voltige à proximité du lieu, suivi d'un
vol à distance puis d’un autre exercice de voltige au retour.
Un certain M. Kyrle était souvent présent, notamment à Albury et Wagga Wagga. Il a parfois été présenté comme «manager», mais il n'était pas un membre habituel du groupe de soutien de Guillaux. Depuis 1908, il filmait des scènes qualifiées de « tableaux vivants » pour l’entreprise « Panama Expositions ». Il a réalisé plus de 300 mètres de films sur Sydney et a également filmé les deux villes d’Albury et Wagga Wagga ainsi que des vols de Guillaux. Ces films ont été envoyés à Sydney pour traitement et ont été montrés quelques jours plus tard dans les deux villes. Malheureusement, les archives nationales australiennes du film et du son ne disposent d’aucun de ces court-métrages. Au terme des recherches que nous avons entreprises, il reste moins de deux minutes de film montrant Guillaux en action en Australie.
Les voyageurs ont été bien accueillis dans chaque ville. À Wagga Wagga, alors qu’ils assistaient à la projection des films sur Guillaux, des cadeaux leur fut offerts par les Magasins Huthwaites.
Les journaux Urana
Indépendant et Clear Hills Standard ont dressé un rapport
complet des démonstrations aériennes de Guillaux à Wagga le 16 mai. Des trains
spéciaux, remplis de passagers, avait été organisés depuis Junee
et Culcairn. La presse estime que huit mille
personnes ont payé pour entrer dans l'hippodrome tandis que deux à trois mille
spectateurs étaient rassemblés à l'extérieur. Ils ont été captivés par l’audace
des voltiges, l'une des plus spectaculaires étant une plongée verticale
interrompue juste au-dessus de la foule des spectateurs. L’aviateur australien
Harry Hawker avait visité Wagga peu avant, en mars 1914. Ce
meeting avait fait sensation : des trains spéciaux avaient également été
organisés en vue de cette performance, mais la démonstration aérienne de
Guillaux fut plus spectaculaire encore. En dépit d'une tendance naturelle à
favoriser l'Australien, les journaux ne pouvaient qu’être ébahis devant la
performance de Guillaux, reconnaissant que « tous les autres aviateurs
font pâle figure à côté de lui ».
C’est Alderman Frere qui a pris en charge l’organisation du meeting d’Albury le 23 Mai. Alderman Frere était d'origine française et Guillaux a beaucoup apprécié son soutien.

Le 28 mai, Guillaux
atterrit sur les pelouses de Government
House à Melbourne. Le gouverneur général, Sir Ronald Munro Ferguson, son
épouse, le gouverneur de Victoria, Sir Arthur Stanley et son épouse étaient
présents. Cette dernière conversa avec Guillaux en français. l’avion
fut soigneusement inspecté - Lady Stanley demandant même une chaise sur
laquelle se hisser pour mieux voir les commandes. L’image de gauche, tirée d'un
film, montre Guillaux décollant de Government
House.
Guillaux réalisa un
spectacle de voltige et retourna ensuite à sa base, le champ de foire de Flemington, où il fut félicité par le lieutenant Harrison,
de l’Aviation Corps. Celui-ci a de toute évidence invité Guillaux à
visiter Point Cook où la première école de pilotage militaire d'Australie avait
commencé ses activités le 1er Mars 1914. L'Argus rapporte que
Guillaux n’eut aucun problème à voler jusqu’à Point Cook, mais son mécanicien,
qui voyageait en voiture, s'embourba en route. Guillaux donna une démonstration
de vol et pilota également l’un des avions de Point Cook au
dessus de la base. Il félicita le gouvernement pour la création de cette
base et le choix du site de Point Cook, très adapté selon lui.
Le Gouverneur général
figura parmi les 25.000 à 30.000 spectateurs qui ont assisté à sa démonstration
de Flemington, le samedi 30 mai. Le programme
habituel fut exécuté et reçut un accueil chaleureux. Comme le Herald l’a
signalé, les « gens de Melbourne... n’avait certainement rien vu d’approchant
en matière de sensationnalisme. M Guillaux était à M. Hawker ce qu’un mélodrame
de Drury Lane était à une pièce du répertoire ! ».
Il ne fait aucun doute
que Guillaux parlait très peu anglais. En fait, Lucien Maistre et François
Repusseau lui servaient souvent d’interprète. Le Herald publia cependant
une longue interview de Guillaux, que la revue Truth, friande de
sensationnalisme, se plut à tourner en dérision.
Le « manager »
australien, Albert Sculthorpe, arriva à Bendigo le 4 Juin. Il avait dû négocier
avec le club de football local de sorte que la démonstration aérienne ne
concurrence pas le jeu. Cette position fut très critiquée dans la presse locale
: les gens pouvaient voir le football chaque semaine, mais ils n’avaient qu’une
seule chance de voir le vol.

Guillaux avec (de gauche à droite) : M. S.Lazarus, président du Bendigo Jockey Club, le
Conseiller municipal RHS.Abbott et M. R.Putnam, Secrétaire du Jockey
Club (à peine visible sur la droite) .
Guillaux se rendit à
Sydney le vendredi 5 Juin, pilotant l’hydravion de
Lebbeus Hordern, mais il partit ce même soir pour Bendigo.
Sa démonstration à
Bendigo eut lieu le lundi 8 Juin, jour férié
correspondant à l’anniversaire du Roi. Il s’installa à l'Hôtel Shamrock, qui
existe toujours. La performance suivit le schéma habituel et fut accueillie
comme toujours avec enthousiasme.

Cette carte postale a également été transportée sur ce vol. En 2008, elle a
été vendue pour 35.000 dollars.
Le mardi 9 Juin 1914, Guillaux
vola de Bendigo à Ballarat. C’était déjà en soi un événement rare : l'avion
était généralement déplacé de ville en ville par le train.
Les journaux publièrent la route qui serait suivie avec beaucoup de détails.
La rubrique Elphinstone News dans le Kyneton Guardian a relevé que les oiseaux étaient terrifiés par l'avion : « on voyait et on entendait les pies s'envoler aussi vite que leur ailes pouvaient les porter ». Elles pouvaient entendre clairement l'avion lors de son passage sur Castlemaine .
À son arrivée à Ballarat,
Guillaux a remis au maire, M. Brokenshire, une lettre du maire de Bendigo, M.
Andrew. Guillaux fut également accueilli par le greffier de la ville et
d’autres notables. Il était également porteur d’une lettre pour Melle Bell, la
fille du Conseiller Bell. Il s'agissait en quelque sorte d'un premier
« vol postal » non officiel.

La démonstration
coutumière fut de nouveau exécutée à Ballarat le samedi 13 juin. Un transport
spécial fut organisé jusqu’à l'hippodrome d’Epson où un orchestre divertit la
foule avant le début du spectacle aérien, à 15 heures.
Guillaux effectua trois vols, le second ayant été abrégé par la panne d'une bougie. Mais durant le troisième vol, « il y eut plus de sensation, de plongées, de tournants sur le côté et de vols à l'envers et cette fois, une altitude beaucoup plus élevée fut atteinte. L’appareil est monté toujours plus haut et tout à coup, il est devenu plus gris et moins distinct. Les spectateurs réalisèrent qu'il était entré dans les nuages. Guillaux estima l’altitude atteinte à 2.200 mètres. La démonstration avait pris du retard mais tous les spectateurs voulurent attendre la fin et s'en allèrent plus impressionnés que jamais par les possibilités de l’aviation » . A Ballarat, un match de football avait lieu en même temps que le meeting aérien, mais l’assistance était peu nombreuse et beaucoup furent distraits par la présence de l'aéronef à proximité.
Le journaliste du Ballarat
Courier a observé que des milliers de personnes se tenaient sur des tas de
bois voisins de l'hippodrome. Pendant l'exécution de sa voltige, Guillaux fit
l’une de ses plongées terrifiantes vers l’un des tas de bois qui était bondé de
gens. « Tandis qu’à quelques mètres de distance, Guillaux avait habilement
redressé sa machine et poursuivi son vol, un individu corpulent tenta de
descendre du tas, tomba et roula jusqu’au sol. La foule sur les tas de bois n'oubliera
pas de sitôt la visite de Guillaux à Ballarat. » (Dalesford
Gazette) .
Notons que pendant le
chargement de son avion sur le train à Ballarat, Guillaux et Repusseau
perdirent 206 £ qui furent volées dans un manteau laissé temporairement sur une
clôture. Cette somme incluait un chèque rédigé par M. A Sculthorpe pour £ 146,
en faveur de M. Turnover, des films Pathé.
Le 8 Juin 1914, l’Adelaide Advertiser annonça la visite imminente de Guillaux, mais sans beaucoup d'enthousiasme. Les habitants avaient déjà vu W Jones voler dans cette ville.
Le vendredi 19 Juin, Guillaux survola Adélaïde, suscitant la curiosité
habituelle, exécutant quelques acrobaties aériennes pour aiguiser l'appétit des
gens en prévision de l'événement programmé la journée suivante, à l’hippodrome
de Cheltenham. Environ 15.000 personnes y assistèrent et comme d'habitude, les
rapports de presse furent très positifs. Les spectateurs de football au stade
du Jubilé furent ravis lorsque Guillaux survola le terrain. L'arbitre se
retrouva débordé lorsque, « avec force coups de sifflet, il commanda aux
joueurs de reprendre le jeu alors que l’avion était encore en vue. Le jeu a
certes repris, mais pendant un moment, la foule fut assez indifférente à ce qui
se passait sur la terre ferme. » (Advertiser).
Par ailleurs, le vol avait été arrangé au préalable avec M. T Pope, de Glen Ormond,
qui avait persuadé Guillaux de survoler sa propriété « Sunnyside »,
où il organisait une fête pour 300 invités. Guillaux survola également un
défilé de cadets de l'armée à Unley et les garçons
l'accueillirent avec un énorme hourra. Le lundi suivant, Guillaux, sa troupe et
leur avion partirent pour Melbourne en train.
Nous ajouterons un
post-scriptum intéressant à cette visite.
L'avion Blériot dans lequel Guillaux volait a été acheté en Janvier 1916 par Graham Carey, un remarquable homme d'affaires australien. Agé de 41 ans à l'époque, Carey avait fait carrière dans le secteur des transports et en 1912, il était un éminent concessionnaire de voitures à Ballarat. Il a acquis le Blériot de Guillaux lorsque celui-ci a été écarté du service actif. Il apprit à piloter l'avion et vola dans le cadre de plusieurs démonstrations au cours des derniers mois de l'année 1916. Carey effectua le premier vol postal en Australie du Sud entre Adélaïde et Gawler le 23 Novembre 1917, à nouveau dans le Blériot. Après la guerre, il acheta plusieurs autres aéronefs. Son histoire est racontée dans le livre «A message from the clouds[3] » (« un message des nuages ») par Des Martin et Bertha Carey.
Cette photo de presse agrandie montre
clairement le Blériot volant à l'envers.

Guillaux vola de
Melbourne à Geelong le vendredi 3 Juillet, et ce fait
était assez rare pour faire la une des journaux locaux. Il s’assura que son
avion était vu par autant de personnes que possible et
effectua quelques acrobaties aériennes sur la ville.
Sa performance à l’hippodrome de Geelong le 4 Juillet suivit le programme standard. Il fut également noté que pour la première fois, il avait pris des passagers dans le Blériot, parmi lesquels une jeune femme, Mlle Jetta Tivey, fille du directeur de la Colonial Bank, qui « apprécia chaque instant » de son vol de vingt minutes. Il fut conseillé par ailleurs à un certain M. R.N. Tournoeur, de Ballarat, de s’agripper au pilote pendant les loopings.
Guillaux vola de nouveau
à Melbourne le lendemain. Il fut pris par un vent de travers qu'il estima à 70
km/h, ce qui le dévia vers le sud. Cependant, lorsqu’il fut descendu à environ
70 mètres, le vent décrut, ce qui lui permit d’atteindre une vitesse au sol
d'environ 50 km/h. Le vol dura environ 70 minutes.
Il n'y eut plus aucune
démonstration publique majeure entre le meeting de
Geelong le 4 Juillet et le départ pour Sydney le 16 Juillet. Guillaux fit quelques vols mineurs et le 14 Juillet, il fit un survol de Melbourne, avec pour effet
d’arrêter le trafic, comme l’a noté l'Argus.
Arthur Rickard était un entrepreneur basé à Sydney, très impliqué dans le développement de l'immobilier. En 1908, par exemple, il créa et vendit avec succès un lotissement à Woy Woy, à 75 km au Nord de Sydney, le premier de nombreux contrats analogues. Passionné de publicité, il approcha l'aviateur américain Arthur Wizard Stone pour réaliser le premier vol postal gouvernemental officiel de Melbourne à Sydney. Le 13 mai, Wizard Stone annonça ses plans, avec une date de vol proposée autour du 23 mai. Cette date fut repoussée au 6 Juin, mais le 1er juin, Stone s'écrasa à Rockhampton, dans le Queensland, lors d’une course contre une automobile. Il fut blessé et son avion fut gravement endommagé. Le vol fut donc annulé.
Rickard approcha Guillaux pour lui proposer de prendre en charge ce projet, mais les négociations échouèrent.
Peu après cependant, il fut annoncé que Guillaux réaliserait effectivement le vol postal, sans que l’on sache à ce jour exactement qui le soutenait[4].
Quoi qu’il en soit, le vol n'aurait pas été une opération financière intéressante pour Guillaux sans soutien extérieur : l’aviateur pourrait certes attirer des foules de milliers de personnes qui paieraient un à quatre shillings chacun pour une seule représentation, mais le produit total de ce long vol postal serait insuffisant pour couvrir les frais de l’expédition.

Les cartes conçues pour le vol de
Stone étaient colorées. Certaines ont été effectivement envoyées de Melbourne à
Sydney par le train, et ont reçu une marque spéciale. Elles ont aujourd’hui beaucoup de valeur.
.
Les cartes originales se vendent désormais à partir de 450 $. Le vol
commémoratif transportent des cartes sur le modèle des
originaux avec le minimum de changement, par exemple, « Re-enactment
» remplacera « Inauguration ».Carte du vol postal
effectué par Maurice Guillaux du 16 au 18 juillet 2014

Le 9 Juillet
1914, MM CH Powis et R. Sissons de Melbourne ont écrit au ministre des Postes :
« Avec l'autorisation de M. Maistre, manager de M Guillaux, nous proposons
de mettre en vente des cartes postales qui seront transportées par avion de
Melbourne à Sydney. Nous serions reconnaissant à votre ministère de nous
permettre de réaliser ces cartes et de coopérer en les plaçant dans un sac
spécial et en les oblitérant avec un timbre spécifique pour cet événement. »
M. Wilson, de O.T.
Sirops, a été sans aucun doute impliqué dans le projet : les ailes de l'avion
arboraient la mention « ADD a little OT »
(« ajoutez un peu de OT »). Quelques jours après la fin du vol, OT a
d’ailleurs commencé une vaste campagne de publicité utilisant l’avion de
Guillaux. O.T. était un fabricant de boissons de premier plan. Etant un
important producteur d'oranges et de citrons en Australie, il créa une
« boisson non alcoolisée pour adultes » connue sous le nom de OT , constituée d’un mélange de jus de fruits et de piment[5].
Il ne semble pas qu’une
publicité ait été nécessaire pour vendre les cartes postales transportées par
Guillaux. Il est avéré que plus de 2000 cartes numérotées ont été imprimées.
Bien que toutes aient été vendues, nous savons que seules 1785 cartes ont été
convoyées sur le vol. Les cartes ont dû être rapidement conçues et imprimées :
l'avion figurant sur la carte ne correspond pas à un Blériot.
L’ensemble de
l'organisation du vol postal original a pris moins d'un mois, ce qui n’est pas
sans susciter l’envie des organisateurs du vol commémoratif, qui aura nécessité
plus d’un an de préparation !

Tout Seymour semblait s’être donné rendez-vous au Paddock de Jordan sur la route de Trawool (maintenant la route de Goulburn Valley). Selon le journal local, la route « ressemblait à l’Avenue du Champ de course de Flemington un jour de Melbourne Cup. Il y avait des voitures, des chariots, des charrettes, des cavaliers, des pères et des mères transportant des enfants, des piétons, etc., l'ensemble formant un groupe pittoresque ».
Le représentant de M.
Guillaux, M. J.P. Begin, s'occupait de l'avion, faisant le plein d’huile et de
pétrole avec onze gallons de carburant. Il traduisit probablement également le
mot de bienvenue du Président du Comté, le conseiller George Howe. Une
bouteille de « Gold-top » circula à la ronde, les buveurs souhaitant
une bonne santé à l'aviateur. Guillaux est parti à 10h25 et s’est dirigé vers
la première étape : Wangaratta.
Selon l’Euroa Gazette, l’avion a d’abord été vu de la terre par « les yeux d’aigle de M. D. Richards » à Euroa à 10 h 45. Il volait à une hauteur considérable et il est passé au-dessus de la ville à huit cents mètres au nord de la gare, où beaucoup personnes étaient rassemblées. Les enfants avaient été autorisés à sortir de l'école plus tôt pour regarder l’avion, tandis qu’il empruntait la route la plus directe pour gagner Wangaratta, passant au-dessus de Benalla à 11 h 20 à une vitesse estimée à 110 km/h. Glenrowan a été dépassée à 11 h 35. « Guillaux est passé entre l'école et le mont Glenrowan à une hauteur de 600 à 900 mètres » selon les Glenrowan News dans le Wangaratta Chronicle.
L’une des quelques photos
de bonne qualité du vol postal : Guillaux à Wangaratta.
![First flight from Melbourne to Sydney showing pilot Maurice Guillaux standing on a Bleriot monoplane with a 50 horsepower Gnome engine, Wangaratta, July 1914 [picture].](Livre%20Guillaux%20francais_files/image019.jpg)
nla.pic-vn3723553 (E.A Crome collection)
Google Earth montre l’avenue Sisley qui rejoint Racecourse
road. L’avion a atterri dans le paddock de M. J. Sisely
(sic) sur la route de l'hippodrome, probablement près de l’hippodrome actuel.
Il a atterri très près du feu de balise qui avait été allumé pour indiquer la
zone d'atterrissage et la direction du vent. La foule était, selon Nelson
Eusti, « plus importante qu’à Seymour mais elle aurait été encore beaucoup
plus nombreuse si Guillaux n’était pas arrivé avec trois-quarts d'heure
d’avance ». Un membre de l'équipe Guillaux était présent et ils parlaient
en français. Exceptionnellement, Guillaux mit en garde les spectateurs en
anglais, langue qu’il parlait pourtant très peu : « éloignez-vous, ne
fumez pas ! ». Le carburant et l'huile étaient fournis par
M. J. Hickey. Le train postal, qui avait quitté Melbourne trois
heures avant Guillaux, arrivait juste comme Guillaux se préparait à partir, et
« beaucoup se demandèrent si les trains n’allaient pas être rapidement
dépassés ». « Si l'atterrissage avait été gracieux, l’ascension dans les
airs fut superbe. Pas de tremblements, pas de scintillement de l’aile comme un
oiseau, mais comme une puissance invisible qui portait la machine et la
soulevait de terre ; alors virant sur l’aile, le nouveau postier australien
revint sur la ville puis piqua directement sur
Albury. » (Wangaratta Chronicle).
Le Blériot de Guillaux fut le premier avion à visiter Seymour et Wangaratta.
Il n’était pas nécessaire pour Guillaux de s’arrêter à
Albury. Guillaux aurait pu voler directement vers d’autres villes, peut-être
même jusqu’à Wagga mais il voulait rencontrer son compatriote Alderman Frère
encore une fois. Il s’était produit à Albury le 23 mai 1914.
Après avoir quitté Wangaratta, l'aviateur aurait indiqué : « Je me suis élevé
haut et le froid était intense. Comme j'approchais d’Albury, la machine a
basculé et est tombée dans d’innombrables poches d'air. » Mais un autre
rapport indique qu'il passa au dessus de Beechworth à une hauteur de 15 mètres.
Il survola Chiltern, situé entre Wangaratta et Albury, à 12 h 30. Comme d'habitude, il y avait une foule immense dans les rues pour le voir passer.
Comme nous l’avons dit,
l’avion de Guillaux aurait pu parfaitement voler plus loin qu’Albury, qui
n’était qu’à 15 mn de vol de Wangaratta. Il s’arrêta
cependant à 12 h 50 dans le champ de course, adjacent à l’aéroport actuel, pour
voir son ami Alderman Frere. La police montée, sous l’autorité du sergent-chef
Blackburn, lui offrit une garde d'honneur. Parmi les notables qui
l’accueillirent, figurait le président du Racing Club, M. E.J. Belbridge et le Secrétaire du Racing Club, M. J Norman
Hayn. Le maire, M. Waugh, lui souhaita la bienvenue et appela trois
acclamations chaleureuses en son honneur.
Alderman Frere organisa un déjeuner rapide avant que Guillaux ne décolle de nouveau à 1 h 35, avec l'aide de l'agent Shell local. Ce fut la seule étape où Guillaux n'eut pas l’un de ses propres employés pour le soutenir.
Le Melbourne Truth,
un journal entièrement consacré au sexe et au scandale, indiqua que Guillaux
avait une liaison avec une certaine Bessie Harrigan, originaire d’Albury.
Guillaux, selon ce journal, l’aurait rencontrée à Sydney alors qu'elle
travaillait au Café de Paris, situé sur Phillip Street. Bien que, selon
l'édition du 18 Juillet du Melbourne Truth elle accompagnait le groupe,
elle n'est pas mentionnée dans le rapport du journal local.
En route to Wagga Wagga he flew over the town of Culcairn, 32 miles out from Albury. A hoaxer had phoned the shire office and pretended to be one of Guillaux’ mechanics. He asked if Guillaux could land there, and frantic preparations were made for him to land on the Railway Parade. As he flew over, the local newspaper proprietor waved a piece of red cloth impaled on a pitchfork to attract his attention, but he flew on, much to the town’s disappointment. A similar thing happened at Henty, the next town on the route. A large crowd had gathered at Spencers Hotel, a special mail package had been prepared, and petrol was on hand.
En route vers Wagga Wagga,
Guillaux survola la ville de Culcairn située à 50 km
d’Albury. Un plaisantin avait téléphoné au bureau de comté et s’était fait
passer pour un mécanicien de Guillaux. Il avait demandé si Guillaux pourrait y atterrir.
Des préparatifs frénétiques ont été engagés pour lui permettre de se poser sur
la Railway Parade. Tandis qu’il survolait la ville, le propriétaire d'un
journal local agita un morceau de tissu rouge empalé sur une fourche pour
attirer son attention, mais il a poursuivi son vol, à la grande déception de la
ville. Une chose semblable s'est produite à Henty, la ville suivante sur la
route. Une grande foule s'était rassemblée au Spencers Hôtel, un paquet de courrier
spécial avait été préparé, et l'essence était à portée de main.
Comme Guillaux approchait de Wagga Wagga, il vit un hippodrome bondé et atterrit dans la ligne droite principale du champ de course. Il s’aperçut rapidement qu’il avait atterri sur le mauvais hippodrome, par chance peu après la fin d’une course. Il s'envola rapidement vers le bon terrain d’atterrissage où le maire, le conseiller McDonough et d’autres conseillers attendaient pour le saluer. Une équipe de soutien de Guillaux assura le ravitaillement et vérifia l’état de l’avion. Le Wagga Express rapporta que « assis dans son aéronef, vêtu d'un confortable manteau de cuir doublé de fourrure, la tête enveloppée d’un foulard bleu blanc rouge, M. Guillaux avait une expression de plaisir et d’intense satisfaction de voir son vol jusqu’alors couronné de succès. »
Avant de quitter Wagga Wagga, il lui avait été remis plusieurs lettres
supplémentaires à déposer dans des villes situées sur sa route. Le temps était
beau, et il partit à 15 h 30 et arriva à Harden à 16 h 06. Guillaux avait prévu
de donner une démonstration de voltige à Harden, mais avec une météo encore
favorable et un bon vent arrière, il décida de pousser jusqu’à Goulburn, à 150
km de là, espérant atterrir avant la nuit. Quelques kilomètres après Harden, il
se heurta cependant à un fort vent de face et craignant de ne pas atteindre
Goulburn avant que l’obscurité ne tombe, il retourna à Harden pour la nuit.
Guillaux passa la nuit à l'Hôtel Carrington. Un notable local, M. R. J. Simpson, raconte que l'avion semblait être une « masse de fils », que les habitants avaient afflué à l'hippodrome et qu’un agent de police avait été placé pour la nuit près du Blériot. Toutefois, le Goulburn Post note que lorsque l’avion est arrivé à Goulburn, il y avait beaucoup de messages au crayon inscrits sur la carlingue par des gens de Harden, signe que l'avion avait dû leur rester accessible.
L’aube du vendredi fut
froide et humide à Harden, mais néanmoins, Guillaux réalisa une voltige
aérienne. Il s'excusa de ne pas faire de looping parce qu'il n’avait pas les
sangles qui le retenaient dans la machine, mais il réussit à faire de la place
pour un passager et trois résidents de Harden purent effectuer un vol. Stan
Brady, de Harden, a ainsi remporté un tirage au sort lui permettant de faire un
vol avec Guillaux ; cinquante ans plus tard, âgé de 75 ans, il fut de nouveau
l’un des passagers d’un Victa Airtourer lors de l’un des vols de
reconstitution.
Le rapport qui suit provient du Murrumburrah signal en date du lundi 20 Juillet 1914, fourni par la Murrumburrah Historical Society :
« Les visiteurs sont venus de Young, Cootamundra et de nombreux autres lieux. Les activités à Murrumburrah et Harden ont été totalement suspendues, tous les employeurs donnant à leurs employés quelques heures de repos. Une pluie continue a commencé à tomber peu de temps après 9 heures, mais en dépit de cela, environ mille personnes se sont rendues à l'hippodrome et ont attendu sous la pluie pendant une demi-heure, le temps que l'aviateur ait fini ses préparatifs de départ. Pendant ce temps, ils ont pu à loisir examiner la merveilleuse construction du monoplan Blériot, capable de transporter un homme dans les airs à la vitesse de 200 km/h ! »
« A 10 h 30, l’appareil a
été roulé sur la piste et M. Guillaux, qui attendait à proximité, sourit avec
bonne humeur tandis que la foule examinait l’avion, puis il monta sur le siège
du pilote. il était vêtu d'une veste en cuir épais,
ganté de cuir et coiffé d’un bonnet blanc et de protections pour les oreilles,
tandis que la voiture était parée des couleurs de la France. La foule fut alors
priée de se tenir à l'écart et après avoir lancé le moteur quelques instants,
l’aviateur fit avancer l’appareil. »
« Après avoir roulé environ 100 mètres, il s’éleva avec grâce et vira sur Harden, tournant au dessus de la tête des spectateurs et survolant la tribune, montant à une hauteur d'environ 100 mètres avec autant de grâce et de majesté qu’un aigle. Il ralentit ensuite son moteur et inclina l’appareil sur le côté, les ailes perpendiculaires au sol. Après une autre rotation, il s’éleva de nouveau puis plongea en une belle courbe droit sur la tête des spectateurs avant de monter ensuite rapidement. Il s’éleva ensuite dans un vol circulaire, gagnant de l’altitude progressivement tel un aigle lors de son ascension, pilotant son appareil avec une merveilleuse dextérité. Ce cercle s’élargit jusqu'à ce que l’appareil, ayant gagné une hauteur de 1000 mètres, eût survolé Murrumburrah. Il redescendit ensuite en une grande courbe, atterrissant aussi légèrement qu’un oiseau à l’endroit d'où il était parti. Il fut accueilli par des acclamations enthousiastes à son atterrissage. M. Guillaux déclara que, parvenu à une hauteur de 1000 mètres, il ne pouvait plus apercevoir la foule sur l'hippodrome mais il pouvait voir le soleil brillant au-dessus des nuages. Tous les spectateurs étaient enchantés de cette démonstration, estimant qu’elle valait bien d’être un peu trempé par la pluie ! » Les arrangements locaux avaient été effectués par M. W. Wörner.
Un autre petit fait est
rapporté par le Signal : « Quand il a atterri à Harden le vendredi
matin, ce 17 Juillet 1914, il est sorti de son avion avec un carton de thé sous
un bras et un sac de courrier sous l'autre. Il brandissait le carton au dessus de sa tête pendant que la foule se pressait pour
lui souhaiter la bienvenue et ne pouvait manquer de voir la marque « Lipton ».
Puis il ouvrit une flasque et but une longue gorgée de thé. « C’est la
boisson idéale à déguster après un vol », dit-il. » Ainsi, Guillaux
n'était pas seulement le premier en Australie à réaliser un vol à longue
distance ; il fut également l'un des premiers vendeurs volants que le pays
ait connu[6].
Lucien Maistre, le représentant de Guillaux à Goulburn, télégraphia en continu durant la matinée des bulletins sur la très mauvaise météorologie. En dépit de cela, Guillaux décolla à quatorze heures. Cette étape vers Goulburn était de 135 kms. Au dessus de Galong, à 30 kms de Harden, des vents glacés contraires et la pluie le forcèrent à revenir et passer une autre nuit à Harden.
Le lendemain matin, le vol vers Goulburn (135 km) dura
deux heures, ce qui témoignait d’un fort vent de face. L’air était glacé. Le
sol sous l’avion était irrégulier ; il aurait dû être beaucoup plus égalisé
qu’il ne l’était. Guillaux considéra ce vol comme l’un des pires qu'il ait jamais réalisé. Finalement, il pu
s’aider du tracé de la ligne de chemin de fer, qu’il suivit jusqu’à Goulburn.
Le jour précédant, les gens de Goulburn avaient entendu dire que Guillaux avait quitté Harden à 14 h 00 le vendredi. Ils se précipitèrent vers l'hippodrome. Les enfants de l’école de Bourke Street avaient bénéficié d’une demi-journée de congé pour l’occasion. Cependant à 16 heures, on annonça que Guillaux avait dû retourner à Harden à cause des vents contraires et des mauvaises conditions météorologiques.
Le lendemain, Guillaux
quitta Harden à 7 h 15 et arriva à Goulburn exactement deux heures plus tard.
Il avait lutté contre des vents contraires et le frimas. Quand il débarqua, il
se précipita pour se réchauffer au feu de balise qui avait été allumé sur
l'hippodrome. Relativement peu de personnes étaient là pour l'accueillir, mais
la description qu’en fit le Post était dithyrambique : « Avec la
grâce d'un oiseau cherchant un havre accueillant, M. Guillaux émergea des
nuages à l'ouest de South Hill peu avant neuf heures et demie ce matin et
esquivant avec élégance l’éminence, fondit vers l'extrémité sud de l'hippodrome
et atterrit presque au centre du terrain. A 9 h 15 il se posa et se précipita
vers le feu de signalisation pour s’y réchauffer. Ceux d'entre nous qui ont
connu les matins d'hiver glacés de Goulburn ne peuvent que sympathiser avec
lui. Il se tenait près du feu, se réchauffant et buvant une tasse de thé tirée
du thermos qu'il portait avec lui. »
L'article du Post est un peu lacunaire, probablement car son rédacteur se précipita pour ne pas manquer l'édition du jour. Il ne mentionne pas la brève cérémonie de bienvenue qui s’est tenue à son arrivée. Grâce à un interprète, Guillaux décrit le vol dans le froid glacé et la difficulté de la navigation. Il affirma être monté à quatre mille mètres au début du voyage, devant naviguer à la boussole et survolant des montagnes enneigées. Près de Goulburn, il descendit en dessous du plafond nuageux, cherchant son chemin entre les hautes collines.
Guillaux n'a pas donné de spectacle aérien à Goulburn et l’on ne trouve aucune mention d’admissions payantes. Beaucoup de gens se pressaient autour de l'avion pour mieux l'examiner. Guillaux supervisa le ravitaillement et vérifia son appareil avec soin. Pendant le ravitaillement en carburant, deux cygnes s’envolérent ; quelqu'un dans la foule les a comparés au Blériot, suscitant les rires de Guillaux et des spectateurs.

Cette superbe photographie, de la collection du Musée
du Mémorial de Rocky Hill à Goulburn, montre l'avion posé sur l’hippodrome de
Goulburn. L'homme portant une casquette à gauche du groupe est Clyde Baxter, de
l'usine de chaussures Baxter ; plus tard, il s'est porté volontaire pour servir
à l'étranger durant la Première Guerre mondiale
La personne tournant le dos à l’objectif est probablement le Conseiller Alderman Betts et Guillaux est sur la droite, portant son bonnet blanc.
Il décolla à 10 heures, mais fut forcé de retourner à Goulburn à cause d'une bougie défectueuse. Avant de redécoller, il lança le moteur à pleine puissance, avec les roues de l'avion calées et trois hommes chargés de maintenir la queue au sol. « L’aspiration des pales de l'hélice était si forte que les vêtements des hommes volèrent comme si un coup de vent avait soufflé et leurs chapeaux furent emportés. ». Lors de la deuxième ascension, l'aviateur passa à une hauteur de 300 mètres. il tourna autour de l’hippodrome et s'envola ensuite en direction de Murray’s Flat, modifiant son cours légèrement dans le but évident de donner aux spectateurs de l’hôpital Kenmore l'opportunité de le voir ». « C'était amusant de voir les chevaux galoper dans les prés et les oiseaux chercher refuge à son approche ; les oiseaux paraissent insignifiants quand Guillaux prend la maîtrise des airs. »
Guillaux devait atterrir à Moss Vale mais à cause de la météo et de la
mauvaise visibilité ou pour une tout autre raison, il poursuivit son vol. Il
aurait affirmé être monté à six mille mètres dans ses efforts pour trouver Moss
Vale. Cette déclaration ressemble cependant à certains propos suspects qui lui
ont été attribués à différents moments de sa carrière.
Guillaux atterrit dans un enclos situé
juste derrière la rue principale de Liverpool. Après un déjeuner avec M. et Mme
Clarke, qui vivaient à proximité, il partit à 14h05.
Arrivée à
Moore Park -Photo, Bibliothèque Nationale d’Australie méridionale.

Aidé par un bon vent arrière,
Guillaux survola plusieurs terrains de football (nous étions un samedi) et même
Manly avant de revenir à Moore Park où il atterrit à 14 h 55. Un accueil
préparé à l’avance lui était réservé, auquel participait une énorme foule et de
nombreux dignitaires, dont le Gouverneur général et le Gouverneur de
Nouvelle-Galles du Sud. Les messages officiels ont été remis à leurs
destinataires et les officiels gagnèrent l’espace réservé sous la tribune pour
boire un verre et porter des toasts à la réussite du vol.
Guillaux fit une apparition sur scène lors d'une matinée au théâtre Tivoli et bien qu’il ne dit que quelques mots, le public fut enthousiaste.

Guillaux
était une célébrité depuis son arrivée en Australie. Il était souvent apparu
dans les publicités des journaux, dont une pour les voitures Hupmobile. Mais
après le vol postal, de vastes campagnes de publicité ont été engagées par les
distributeurs de thé Lipton et par les jus O.T. Au moins six cents emplacements
ont ainsi été occupés par la publicité pour O.T.
De nombreux articles de
journaux ont également été publiés, les comptes-rendus du vol étant souvent
accompagnés de commentaires plus généraux sur l'aviation. Cependant, le spectre
de la guerre en Europe dominait chaque jour davantage l’actualité, dès lors que
les conséquences de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand le 28 juin
commencèrent à se faire sentir. Le 20 juillet, l’ultimatum en Autriche renforça
la probabilité d’une guerre et la porta à l'attention du monde. La guerre fut
officiellement déclarée le 28 juillet. La Grande-Bretagne (et par conséquent
l'Australie) se sont impliquées dans le conflit à partir du 4 août.
Guillaux réalisa quelques
vols supplémentaires avec l’hydravion Farman et monta une autre démonstration
de vol à Ascot le 1er août. A cette occasion, son avion s’écrasa après qu’il
eut perdu le contrôle de son appareil à une hauteur d'environ trente mètres.
L'avion fut gravement endommagé. Guillaux fut extrait de l'épave avec de
mauvaises coupures à la tête mais il était capable de marcher et fut conduit
jusqu’à une voiture qui l’amena d’urgence à l'hôpital où il bénéficia des soins
nécessaires de la part d’une équipe de médecins éminents.
L'avion put être réparé
(contrairement à certains rapports) et Guillaux récupéra assez vite pour donner
une démonstration à Bathurst le 12 septembre. Signe des temps, le spectacle
aérien comprenait un élément nouveau : une démonstration de la façon dont
l’avion pouvait être utilisé pour des bombardements.
L’une des séquences du film : plan arrêté sur l'accident d’Ascot.

Mais le temps des
spectacles était terminé. Lucien Maistre et François Repusseau rentrèrent apidement en France. Des journaux signalèrent d’abord le
désir qu’exprima Guillaux de retourner en France, puis lui reprochèrent de ne
pas le faire. Le 22 octobre, Guillaux embarqua avec l’état-major de la
troisième Division australienne, mentionné comme « aviateur » sur la
liste d'embarquement.

Après que Guillaux eut quitté l'Australie, il y eut peu de nouvelles de lui. Le 20 février 1915, le Moorabbin News annonça qu'il avait volé, en France, à 225 km/heure de Savigny-sur-Seine à Paris, grâce à un fort vent arrière. Le Geelong Advertiser du samedi 27 février 1915 rapporta que M. Tivey, habitant de cette ville, avait reçu une carte postale de Guillaux indiquant qu'il n’était plus sur le front, mais qu’il était chargé de missions de reconnaissances. Le 10 mai 1915, le Sydney Morning Herald mentionna qu'il avait commencé des essais en vol sur des avions Blériot.
Nous avons reçu des
informations de son petit-fils Michel, qui a pris sa retraite en 1981 après une
vie dans l'industrie aéronautique. Il nous a communiqué cette photographie de
Maurice et de son fils Bernard dans un appareil Morane Parasol P, vers 1916.
Il existe effectivement des documents faisant état de la livraison d’appareils
Morane aux escadrons entre septembre 1915 et février 1916.
Dans son livre « Flying Matilda » (En vol sur le Matilda) de 1957, l'auteur australien Norman Ellison donne un compte rendu détaillé de contacts entre Guillaux et des aviateurs australiens en 1917, quand il aurait pris à son bord cinq aviateurs australiens sur un avion Farman. Cette anecdote n’est pas datée et présente des incohérences ; elle n’est confirmée par aucune source officielle.
Rien de plus n'a été trouvé jusqu'au 21 juillet 1917, date à laquelle un certain G. A. Oliver, rédacteur en chef du Mail, a écrit un article cancanier de Londres indiquant que des rumeurs laissaient entendre que Guillaux prenait maintenant une part active à la guerre du côté allemand. A cette date, Guillaux était pourtant déjà mort depuis deux mois dans un vol d’essai pour l’armée de l’air française. Le 15 novembre, le magazine Melbourne Punch publia un article qui indiquait que Guillaux avait été exécuté pour espionnage. Selon le récit, il était l’un des espions qui avaient été envoyés par l’Allemagne avant la guerre. Il aurait atterri derrière les lignes et aurait livré aux Allemands des informations vitales. Ses activités ayant été découvertes, il avait été exécuté comme espion. L'article est ridicule. Il n'existe aucune preuve qu’un tel événement se soit produit et les preuves évidentes du contraire abondent. L’historien de Canberra Bill Woerlee a disséqué cet article, en soulignant ses nombreuses incohérences et impossibilités.

L'histoire elle-même ne mérite pas d'autre commentaire, mais la façon dont elle s’est répandue en Australie est en soi intéressante - et à vrai dire très embarrassante pour la réputation de la presse australienne. En effet, au cours des six semaines suivantes, l'histoire a été reprise dans plus d’une quarantaine de journaux régionaux.
La première réfutation n'est pas
intervenue avant le 21 décembre et une déclaration officielle a été publiée à
la mi-1918. Le 23 mai 1918, le « Punch » a publié une rétractation
insérée de façon aussi peu visible que possible dans un article en page 8
intitulé « Vues et Nouvelles ». 51 rétractations ou corrections ont
été publiées dans divers journaux avant la fin de la guerre mais même après le
23 mai 1918, l’histoire de Guillaux « fusillé comme espion » était
encore répétée au moins huit fois.
La dernière reprise de cet article
identifiée jusqu'à présent figure à la page une de l’Argus du samedi 23
novembre 1940 (peu après la reddition de la France en 1940). C'est la seule
fois où il a été publié par un grand journal métropolitain.
Jacques Marduel, l’un des associés français de Guillaux, poursuivit brièvement les activités aériennes de Guillaux à Ham Common et fut plus tard rattaché aux unités australiennes d'outre-mer. Il a travaillé dans l'aviation jusqu'à sa mort en 1939 et son histoire, comme celle de Guillaux, mériterait d'être plus largement connue.
Photo page opposée : Marduel a volé sur cet appareil Caudron G III depuis Ham Common en septembre 1914 et il le fit également voler de Richmond vers l'hippodrome de Randwick. Il n'est pas clairement établi s’il s’agissait de l'un des appareils commandés par Lebbeus Hordern. Cet avion a ensuite été rattaché à la base de Point Cook sous le matricule SCF 9.
Les jeunes Australiens sont allés à la guerre. Les
survivants tels que Ross et Keith Smith, Charles Kingsford-Smith et bien
d'autres, sont devenus les artisans d'un prodigieux essor de l'aviation
australienne et la contribution de Guillaux a été perdue de vue aux yeux du
public. Pourtant, il est remarquable de constater combien d’aviateurs et de
personnes liées à l'industrie aéronautique ont été marqués par les exploits
exceptionnels de Guillaux, y compris Kingsford-Smith lui-même.
Beaucoup d’Australiens
étaient également excités et impressionnés par ses activités - mon père, qui
avait regardé atterrir Guillaux à Goulburn avec les yeux d’un enfant de douze
ans, m'a décrit l'excitation de voir le Blériot apparaître comme un petit point
dans le ciel, devenant progressivement plus grand et atterrissant finalement
sur l'hippodrome, sous les acclamations de la foule. Il se souvenait de ces détails,
même dans sa vieillesse.

Le vol
commémoratif de 1964
Pour le cinquantenaire du vol, en 1964, une
reconstitution majeure du vol postal a été organisée. Deux avions australiens
Victa Airtourers, le VH- MVL (piloté par le pilote d’essai en chef de Victa, M.Vic Walton) et le VH- UQX,
(piloté par M. Dick Sims), ont retracé le vol de Guillaux en respectant
autant que possible le calendrier initial et en transportant une grande
quantité de cartes commémoratives. Le vol est parti de Melbourne le 16 Juillet 1964. Tandis que le Victas terminait son voyage de
trois jours à Mascot, le 18 Juillet, un Boeing
707-138B VH- EBC de Qantas l’a survolé et est arrivé
en tête, établissant un nouveau record de temps de vol avec 38 minutes 25
secondes entre la tour de Melbourne et Sydney. Le Blériot XI original de
Guillaux, détenu par le Musée des Arts appliqués et des Sciences à Ultimo (près
de Sydney), a été exposé à Mascot à l'arrivée du vol commémoratif.
En 1989, une
enveloppe-souvenir pré-affranchie a été réalisée par Australia Airlines pour marquer le 75e anniversaire du vol
postal.
En 2014, une reconstitution importante se tiendra
également. Les clubs aéronautiques de loisir sont très enthousiastes à cette
perspective et le vol commémoratif prend forme et s’annonce comme un événement
remarquable. Il aura lieu entre le 12 et le 14 Juillet
et l'arrivée du vol postal à Sydney sera la pièce maîtresse des célébrations du
14 juillet par le Consulat général de France et la communauté française au Powerhouse Museum. La dimension philatélique
de l’événement consistera en 1785 cartes postales, créées sur le modèle des
originaux et transportées dans un avion conçu et construit en Australie :
un appareil Jabiru piloté par Père John Fowles un prêtre catholique d’Albury
Les obsèques de Maurice
Guillaux ont été suivies par de nombreuses personnalités connues du monde de
l’aviation, y compris les frères Morane, fondateurs de la maison Morane-Salunier, M Caudron, M Marlin, de la maison Gnome-Rhône et
les célèbres pilotes Edmond Audemars et Georges Guynemer lui-même, qui devait
décéder peu après durant cette même année 1917.
De nombreux officiers
français et britanniques ont également assisté à ce dernier hommage. La
procession a été conduite par le père de Maurice et son fils Bernard. Maurice
Guillaux a été inhumé dans la cimetière de
Neuilly-sur-Seine, sa tombe est surmontée d’un fronton sculpté, portant une
inscription de ses amis et de sa veuve. La plupart des Australiens savent peu
de choses de ses exploits et en France, il est presque tout à fait inconnu, y
compris dans sa ville natale de Montoire. Son nom est inscrit sur la plaque
commémorative des Français d’Australie morts pour la France exposée au Consulat
général de France à Sydney, ce qui est remarquable si l’on considère que
Guillaux n’est resté que six mois en Australie, avec peut-être l’engagement ou
le désir d’y revenir après la guerre. Quoi qu’il en soit, son passage a
suffisamment marqué les esprits en Australie pour que, au moment de créer cette
plaque commémorative, il parût naturel d’y faire figurer son nom. C’est une reconnaissance
opportune à l’égard d'un homme qui a apporté une importante contribution au
développement de l'aviation australienne.
Son avion est suspendu au
plafond du hall des transports du Powerhouse
Museum de Sydney. Il existe aujourd’hui moins de trente exemplaires
originaux d’avions antérieurs à la première Guerre mondiale. Parmi ceux-ci, les
plus importants sont sans doute le Wright Flyer
exposé au Smithsonian National Air and Space Museum à
Washington DC et l’avion original de Louis Blériot, conservé au Musée des Arts
et Métiers à Paris. Le Blériot XI de Guillaux exposé à Sydney pourrait
prétendre à bon droit être le troisième avion le plus important dans le monde,
dans cette catégorie, en raison du vol postal remarquable qu’il a réalisé et
par l'influence qu'il a eu sur l'histoire de l'aviation australienne.

Maurice
Guillaux’ grave in Neuilly-sur-Seine cemeteyr.
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La tombe de
Maurice Guillaux dans le cimetière de Neuilly
Sur Seine.
En cette année du centenaire de ce vol historique, la mémoire de Maurice Guillaux et de ses exploits aériens mérite d’être saluée. Au delà, cette commémoration doit nous inciter à recueillir tous les éléments encore disponibles sur l'histoire de ses 197 jours en Australie avant qu’ils ne soient perdus.
Il n'y a jamais eu à notre connaissance de tentative de couvrir l'histoire complète de cet homme remarquable que fut Maurice Guillaux. Ce livre est un début, et nous ne pouvons qu’espérer qu’une approche globale et exhaustive de tout le matériel historique rassemblé sera engagée avec l’autorité nécessaire pour compléter ce travail. Pour des raisons d'espace, les sources sont rarement citées dans le présent livre, mais le matériau d'origine a été conservé sur le site créé à l’occasion du centenaire Guillaux.
Le petit livret rédigé par Nelson Eustis
pour le cinquantenaire du premier vol postal, publié en 1964, a été la
meilleure source d'information fiable sur ce vol postal. L’AHSA remercie
chaleureusement la famille de M. Eustis de l’avoir autorisée à réimprimer son
livret, qui a beaucoup contribué à susciter l’enthousiasme des amateurs
d’histoire de l’aviation australienne pour le projet de reconstitution. Nelson
Eustis, philatéliste légendaire et historien du siècle dernier, était également
en grande partie l’organisateur du vol commémoratif de 1964 et des événements
philatéliques associés.
Les chercheurs comprennent (dans un ordre aléatoire ) Ian Debenham, Andrew Grage, John Scott, Chloé
O'Reilly (de Newcastle), Kevin O'Reilly et sa publication « Flyers of
Time », Keith White, Doug Sunderland, Bob Piper, Kate Ward et les
habitants de Harden ainsi que David Kelly. De France, nous avons été aidés par
le chercheur français André Michel et divers membres de la famille Guillaux,
notamment son petit-fils Michel Guillaux, Eric Berti,
Consul Général de France à Sydney et le professeur Ivan Barko de l’ISFAR.
Les ouvrages consultés comprennent
l’indispensable Flypast (de Neville Parnell et Trevor Boughton, AGPS , 1988), Messages from the
clouds (biographie de R G Carey par Des Martin et
Bertha Carey, publiée à compte d’auteur en 2004), Military
Aircraft of Australia, 1909-1918 par Keith
Isaacs, publié par l’Australian War Memorial en 1971, et Flying
Matilda (de Norman Ellison, A & R, 1957). Merci également à Chris Matts
et Percy Lyell, de la bibliothèque BMAA Bankstown, pour leur recherche de
magazines qui a permis de recueillir de nombreuses d'informations.
Merci à nos lecteurs d’adresser toutes les
informations supplémentaires, les corrections et autres commentaires à
l’adresse : guillauxcentenary@gmail.com. La vie de Guillaux vaut bien d’être
conservée pour la postérité.
Tom Lockley, juin 2014
Newcastle
Newcastle, située à 160 km au nord de Sydney, est une ville minière prospère et le principal port d’exportation du charbon australien ainsi qu’un centre ferroviaire actif pour la distribution des produits agricoles récoltés dans cette région fertile de Nouvelle-Galles du Sud. Déjà en 1914, elle était le centre d’une vie culturelle active et d’un musée richement pourvu. Les industries manufacturières commençaient également à s’y développer.
Albury et Wagga Wagga
Albury et Wagga Wagga sont deux villes situées sur la ligne de chemin de
fer reliant Melbourne et Sydney. Toutes deux sont situées au cœur de régions
agricoles prospères (élevage). Ces villes disposent de ports fluviaux qui
accueillaient en 1850 des bateaux à vapeur navigant sur le réseau fluvial des
rivières Murray et Murrumbidgee, qui acheminaient les produits vers Adelaïde,
située à l’embouchure de la Murray. Ce trafic a cependant pâti de la mise en
service de la ligne ferroviaire Melbourne-Sydney en 1883. Même si elles
n’avaient qu’une cinquantaine d’année d’existence, ces villes prospères
présentaient déjà un aspect moderne et comptaient de nombreux bâtiments publics
et une vie culturelle soutenue. Wagga Wagga, qui est
située exactement à mi-distance de Sydney et Melbourne, est l’un des sites qui
avait été sélectionné en 1901 pour accueillir la capitale australienne,
finalement créée à Canberra.
Albury sera une étape pour une
nuit du vol commémoratif de 2014 et la ville prépare avec enthousiasme cet
événement. Albury accueillit un autre avion en 1934, lorsque le DC2 de ligne
« Uiver », doté d’un équipage hollandais,
participa à la course aérienne Australie-Angleterre. Lors de la dernière nuit
du vol, il se perdit dans la région. Il tourna au dessus
d’Albury et le technicien de la commune utilisa les éclairages publics de la
ville pour envoyer en morse des signaux indiquant A-L-B-U-R-Y. La radio locale
envoya des messages demandant par ailleurs à tous les possesseurs de véhicules
automobiles d’aller sur l’hippodrome d’Albury pour délimiter une piste d’atterrissage
et l’avion se posa en sécurité à 1h20. Il s’embourba dans le sol meuble mais le
lendemain, 300 habitants d’Albury le hissèrent avec des cordes pour le libérer
et il décolla pour Melbourne où il finit la course deuxième seulement, derrière
un appareil taillé pour la course.
Melbourne et Sydney
Melbourne est la capitale
de l’Etat du Victoria, au Sud de l’Australie. Elle est l’éternelle rivale
de Sydney, première ville créée en Australie, dans la compétition pour la ville
la plus riche et la plus agréable du pays. Si Sydney a pu souffrir de ses
origines liées au bagne et d’une planification urbaine moins bien définie, elle
jouit d’un site exceptionnel, étant construite sur l’une des plus belles baies
du monde, qui peut être admirée des nombreuses collines que compte la ville.
Melbourne pour sa part, dispose depuis sa création, en 1832, de larges avenues
et d’une structure urbaine bien réalisée. Au début du XXème siècle, le Gouvernement
fédéral se réunissait à Melbourne. La création de la capitale fédérale, à
Canberra, n’a été commencée qu’en 1920.
Bendigo et Ballarat
Bendigo et Ballarat sont deux villes nées de la ruée vers l’or mais en 1914, la période des pionniers de l’or était révolue. Les deux cités comptaient de nombreux édifices publics, des galeries d’art et une vie culturelle soutenue. L’agriculture avait supplanté la mine comme première source de revenu de ces villes mais les cicatrices nées de l’activité minière étaient toujours visible dans le paysage urbain des deux villes.
Ballarat fut le cadre de la seule
révolution populaire qu’ait connu l’Australie, la rébellion Eureka. En 1854,
les mineurs se rebellèrent contre le Gouvernement, se plaignant d’être
injustement taxés. Vingt-sept personnes, essentiellement des mineurs, furent
tuées dans les affrontements avec les forces gouvernementales. La rébellion fut
durement matée mais ce soulèvement favorisa l’évolution démocratique des Etats
australiens et contribua à créer un puissant mouvement syndical. Il lança
également la réflexion aboutissant en 1901 à la création de la Fédération du
Commonwealth uni d’Australie.
Adelaïde
Adelaïde, capitale
d’Australie méridionale, fut créée en 1836 en tant que ville libre, sans bagne.
Elle fut la ville qui connut le développement le plus rapide de la jeune
Australie. Malgré quelques revers nés de la crise financière, Adélaïde était en
1914 une ville prospère, bénéficiant de sa position à l’embouchure de la
rivière Murray, favorable au commerce de la laine et des produits agricoles. Sa
vie culturelle a toujours été très active.
Seymour et Wangaratta
Lorsque Guillaux vola de Melbourne à Sydney, il suivit le trajet de la ligne ferroviaire. Il s’agissait du signe terrestre le plus visible et la voie ferrée a constitué un axe de développement de la région. Seymour et Wangaratta étaient des gares sur la ligne ferroviaire ainsi que des centres agricoles. Bien que de petite taille, ces villes comptaient quelques beaux édifices publics. Guillaux était capable d’atterrir sur des champs à moins de deux kilomètres des centres urbains.
Harden
La petite ville d’Harden était essentiellement un centre ferroviaire et un marché agricole, notamment pour la laine. Sa population, même cumulée avec celle de la ville voisine de Murrumburah, était limitée. Encore aujourd’hui, le comté de Harden-Murrumburah ne compte que cinq mille habitants. Ils ont réservé un accueil enthousiaste à Guillaux en 1914. Il dû rester deux nuits à Harden à cause du mauvais temps. Cet enthousiasme demeure actuellement. Harden accueillera le vol commémoratif qui associe une large part de la population.
[1] Les premiers avions utilisés au combat, parmi lesquels des Blériot, le furent lors de la guerre turco-italienne de 1911/1912.
[2] La stone est une unité de mesure valant 14 livres ou -,35 kg.
[3] «A message from the clouds », édité à compte d’auteur, 2004
[4] Ce point nécessiterait des
recherches plus poussées. Il existe bien en effet quantité d'informations sur
le sujet mais la plupart sont contradictoires…
[5] O.T. devint plus tard Kia-Ora, une marque qui a été à son
tour reprise par Coca- Cola.
[6] Les Thés Lipton, qui font désormais partie de la société Unilever, fournissent une cargaison symbolique pour le vol commémoratif.